MEDIAPART 38. L’EMPIRE DU FUTUR PROCHE (duo avec Michel Feher)

Michel Feher fait partie des rares philosophes contemporains qui associent une pensée originale à l’art du récit.
L’entretien a été réalisé par la Parisienne Libérée et Mimoso le 30 juin 2012. Il porte essentiellement sur les différences entre le libéralisme et le néolibéralisme, ainsi que sur les conséquences politiques, économiques et psychologiques de ce nouveau régime. De larges extraits seront mis en ligne la semaine prochaine.


L'empire du futur proche – duo avec Michel Feher par Mediapart

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L’EMPIRE DU FUTUR PROCHE (duo avec Michel Feher)
Paroles et musique : la Parisienne Libérée

On raconte qu’autrefois
Au temps du libéralisme
On ne comptait que sur soi
C’était avant le cataclysme
Avant que la météo
Ne suspend’ au dessus de nos têtes
Un nuage de capitaux
Avant qu’il ne pleuve des dettes

La plus grave erreur que l’on fait à gauche, c’est de penser qu’il faut se battre contre le libéralisme. Le libéralisme est mort en 1979. […] On n’est plus dans une économie du profit, mais dans une économie du crédit.

« Si les marchés financiers
Venaient à nous contrôler… »
J’en vois déjà qui s’inquiètent
Qu’ils se rassurent, c’est chose faite !
Éviter de paniquer,
La vertu c’est l’optimisme
N’alarmons pas les croupiers
Du néolibéralisme

Aujourd’hui et depuis trente ans, l’économie de casino ce n’est pas une menace, c’est effectivement ce qui dirige la société.

« Citoyens libérons-nous !
Cela ne peut plus durer »
Criait un homme à genoux
En saisissant son épée
Calme-toi, dit son copain
T’as raison, c’est dégueulasse
Mais patiente, si tu veux bien
Je suis dans mauvaise passe

J’ai placé le peu d’argent
Que j’avais pu épargner
On luttera mais pas maintenant
Là, j’ai besoin des intérêts
Et puis pense à ta maison
Qui n’est pas finie de rembourser
Faut se révolter, t’as raison
– Mais faut savoir où loger.

« Allez ça va, j’ai compris »
Lui répondit le héros
« D’abord je paye mon crédit
Ensuite je rachète une auto… »

Qu’est-ce que ça veut dire « protéger les gens des marchés financiers ? » À droite, cela veut dire : faire ce que les marchés financiers demandent. C’est le principe de la mafia. Comment on se protège de la mafia ? On se protège de la mafia en payant ce que la mafia demande, et là on est protégés : elle ne nous attaque pas. D’ailleurs la mafia, elle dit : « je suis là pour vous protéger ». « De qui ? » « De nous, si vous n’acceptez pas de payer pour la protection. » Donc apaiser les marchés financiers c’est ça. […] Du côté des sociaux-démocrates, on ne peut pas tout à fait dire ça. Donc on dit : « certes il faut apaiser les marchés financiers, mais de façon juste, c’est-à-dire en répartissant l’effort pour tout le monde… »

Comme il y a moins de services publics
Les citoyens sont fâchés
Et les hommes politiques
Se trouvent bien embarrassés
« Les gens veulent qu’on les protège,
C’est peut-être pas une bonne idée
Mais voyons ce que les stratèges
Ont à proposer

« De quoi est-ce qu’on pourrait bien les protéger ? On pourrait les protéger d’une invasion étrangère, de millions et de millions d’Africains qui envahiraient l’Europe ? Ouais. Alors évidemment ce n’est pas vrai, mais on n’a rien d’autre en magasin alors qu’est-ce qu’on va dire ? Et puis c’est crédible, de temps en temps il y a quelques barques » […] Nicolas Sarkozy avait fait un grand truc là dessus, un grand discours sur l’étroitesse du détroit de Gibraltar… « Il est tout petit le détroit de Gibraltar. Il y a plein plein plein plein d’Africains de l’autre côté. La plupart des Africains sont de l’autre côté, hein, il faut savoir ça. »

Il y a comme une fidélité
Une sorte d’accoutumance
Qui pourrait presque s’appeler
« Néolibéralodépendance »
Chacun a besoin de sa dose
Beaucoup rêvent de décrocher
Mais l’avenir n’est pas rose
Et peine à rougeoyer

La grande force du néolibéralisme c’est de pouvoir répondre quand on lui dit « Ça ne va pas tenir longtemps votre système, ça va mener à la catastrophe. Dans un petit temps, ça sera fini » – « Sans doute mais ça c’est dans le futur plutôt éloigné. Et le grand avantage du futur proche sur le futur éloigné, c’est qu’il vient avant ! Donc peut-être qu’après-demain ce sera le désastre, mais demain il y a quand même un maximum de retours sur investissements à retirer… » […] Le néolibéralisme, c’est l’empire du futur proche.

L’avenir est compromis
Le présent saccagé
Mais jamais jusqu’ici
Le temps ne s’est arrêté
Surprenons les marchés
En estimant le monde
A nous de spéculer
Toutes les nanosecondes !

L’enjeu ce n’est pas de revenir en arrière au bon vieux temps du libéralisme. L’enjeu c’est, à mon avis, de changer les conditions d’accréditation. C’est-à-dire accepter qu’on vit dans un monde du crédit. Le véritable enjeu c’est : « qu’est-ce qui donne du crédit ? Qu’est-ce qui donne de la valeur ? »


L’EMPIRE DU FUTUR PROCHE – DOCUMENTATION

Mediapart

http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-feher [accès libre]

http://www.mediapart.fr/journal/international/100511/michel-feher-cest-la-politique-d-immigration-qui-pose-probleme [accès abonnés]

Libération

http://www.liberation.fr/politiques/2012/06/24/l-economie-de-la-xenophobie_828742

http://www.liberation.fr/economie/01012359682-une-autre-speculation-est-possible

http://www.liberation.fr/societe/01012382590-toutes-les-digues-separant-l-ump-du-fn-ont-fondu

Le Monde

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/11/03/les-indignes-entendus_1598286_3232.html

Revue Vacarme

http://www.vacarme.org/article1963.html

http://www.vacarme.org/article1918.html

http://www.vacarme.org/article1888.html

Vidéos

http://www.dailymotion.com/video/x8rof9_j-7-interview-de-michel-feher_news

http://www.youtube.com/watch?v=-qKku_2f77M

http://www.france24.com/fr/20120320-debat-tueries-de-toulouse-et-montauban-election-presidentielle-francaise-partie2

http://www.france24.com/fr/20091103-etre-francais-identite-nationale-eric-besson-debat-immigration

Audio
Conférence à Macba – decembre 2012
partie 1. http://www.macba.cat/en/lecture-michel-feher-01
partie 2. http://www.macba.cat/es/conferencia-michel-feher-02

3 réflexions au sujet de « MEDIAPART 38. L’EMPIRE DU FUTUR PROCHE (duo avec Michel Feher) »

  1. un internaute

    Affligeante chanson, pour le coup, désolé. Vous me consternez.
    Le pseudo socialisme à la française a toujours agité l’épouvantail de « droite » et du « libéralisme ». Les idéologies de gauche vivent de la haine du diable. Un peu comme les fondamentalistes musulmans. Un diable factice comme bâton, un narcissisme sans bornes comme carotte.
    Les gens cherchent toujours une évolution à l’histoire, alors on improvise des analyses à la mord moi le noeud: Après le libéralisme ou les monarchies, seul la démocratie et le socialisme sont valables. Quelle naïveté. Aristote mettait déjà très bien en valeur les défauts et les qualités des différents régimes. Tout dépend de ceux qui les dirigent. Il n’y a pas que les libéraux actuels pour mettre en garde contre les administrations tentaculaires et incontrôlables, beaucoup de vrais socialistes pensent de même. Michel Feher a, comme François Hollande, besoin d’une bonne immersion dans l’économie de marché pour comprendre l’économie. C’est Keynes et les partisans d’Etats Providences qui ont institué cet endettement généralisé, qui ont convaincus, en bons consuméristes, les prolétaires de s’endetter toute leur vie (devenant esclaves des banques d’Etat) pour acheter la grosse maison, la grosse voiture, et faire croire au monde entier que l’Etat savait maitriser les crises. Ce sont des « bulles », de jolis tours de magie. La guéguerre droite-gauche permet de camoufler la réalité de l’incompétence des administrations. La grande leçon des « crises » actuelles est que les administrations ne sont pas plus compétentes que les citoyens pour faire tourner l’économie, au contraire. Marine Lepen a tord sur à peu près tout sauf sur le fait que l’Europe n’est pas du tout devenue ce qui était prévu, elle est un labyrinthe juridique, politique, économique indéfendable, une machine à déresponsabiliser. Dubaï avait tout investi dans le tourisme sans savoir si cela fonctionnerait. Ca n’a pas fonctionné, le pays tout entier a été racheté par un autre émirat. L’Espagne a fait la même erreur, la Grèce à triché sur ses comptes, les administrations tentaculaires sont aussi un formidable outil de maquillage pour les escrocs. Les fonctionnaires croient produire économiquement et c’est faux, ils sont payés par les autres. Et malheureusement, ils ne sont pas soumis à la concurrence, au marché du travail, donc ils ne peuvent pas comprendre la réalité économique. Défendre l’endettement, c’est mépriser et humilier les prolétaires qui vont le payer, et c’est vendre son pays politiquement. Tout le monde joue au petit jeu du: Je ne peux pas le payer, ce n’est pas grave, ce sont les riches qui vont le faire. Un village veut un aménagement, il demande à la région, la région veut autre chose, elle demande à l’Etat, l’Etat veut autre chose, il demande à l’Europe, aux autres pays européens. Un tonneau des danaÏdes. On accuse la finance, les riches. La finance, ce sont des banques d’Etat (voilà le résultat du pseudo socialisme européen), les riches, ce sont en fait tous les citoyens et en premier les prolétaires qui paient constamment la TVA.
    Votre discours est inacceptable. Beaucoup de russes ont analysé de la même façon la chute du bloc soviétique, aucun n’a publiquement reconnu la corruption du système. La dette, l’incompétence, l’irresponsabilité, c’est cela la corruption. Et revenir à une gestion responsable n’a rien de « droite » ou de « libéral », c’est une question de bon sens et de responsabilité, c’est en fait le devoir des vrais socialistes qui sont devenus bien rares.

  2. un internaute

    Suite et fin:
    Le gouvernement Hollande est choqué par la fermeture de Peugeot PSA, on accuse la direction d’erreurs stratégiques. C’est presque vrai: Peugeot vendait surtout à l’Espagne, au Portugal et à l’Italie, trois pays ruinés par les dépenses inconsidérées de leurs gouvernements. Il aurait été plus prudent de ne pas vendre à des pseudo socialistes.
    Quelle époque pitoyable. Quelle régression par rapport à certains militants de Mai 68.

  3. un internaute

    Michel Feher semble dire qu’il suffit d’emprunter plus à court terme, le temps de régler la crise. Mais ce n’est pas une crise à court terme, cette crise de la dette dure depuis la fin des Trente Glorieuses. L’Echec de l’Europe, ce sont ces manifestations en Grèce ou en Espagne contre « l’austérité ». Des décisions sont prises par des drigigeants européens que personne ne connait, donc personne ne comprend ce qu’il se passe, mais tout le monde profite de cette division du pouvoir pour accuser l’autre. On se blotit dans les bras de sa maman l’Etat, avec l’aide de syndicats carrément bornés et aveugles, pour se défendre contre les méchants dirigeants européens. L’Europe, ce n’était pas cela. L’Europe ne doit pas être cela, ou bien c’est la fin du vieux continent, un suicide collectif.

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