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Rythm&News n°3 : Macronscope et domaine public

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SOMMAIRE

Édito : Kandinsky, Mondrian et Munch sont à nous
Domaine public :
chanson des œuvres libérées
Romaine Lubrique
: le domaine public et ses enjeux numériques
Le Macronscope : dire, c’est redire
La véritable interview de Manuel Valls :
remix du vide à 20 h
Pension de famille des Thermopyles :
un logement vraiment social

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L’article L. 123-1 du Code de la propriété intellectuelle stipule que « l’auteur jouit, sa vie durant, du droit exclusif d’exploiter son œuvre sous quelque forme que ce soit et d’en tirer un profit pécuniaire. Au décès de l’auteur, ce droit persiste au bénéfice de ses ayants droit pendant l’année civile en cours et les soixante-dix années qui suivent ». Le 31 décembre à minuit, à part quelques exceptions, tous les auteurs qui seront morts en 1944 pénétreront donc d’un pas commun dans le domaine public. Cela signifie par exemple qu’à partir de ce moment, nous aurons théoriquement le droit de photographier les tableaux et de publier nos images ou de les gifanimer, comme le fait génialement James Kerr. scorpion dagguer- james kerr ok

Rien ne nous interdira de proposer une nouvelle édition des lettres de Milena Jesenská ou d’imprimer et de vendre des cartes postales reproduisant les images saisissantes de Sergueï Prokoudine-Gorski. Rien ne nous empêchera de créer des bibliothèques en ligne diffusant gratuitement des reproductions de bonne qualité de ces œuvres, qui pourront être utiles aux créateurs, enseignants, journalistes, blogueurs, à tous les internautes gourmands de culture.

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Avant l’accès de l’œuvre au domaine public, il aurait fallu obtenir l’accord des ayants droit et disposer du budget nécessaire pour s’acquitter des droits d’auteur, ce qui n’est pas toujours évident ; ou bien violer la loi, ce qui est répréhensible. La notion même de propriété intellectuelle est tout à fait discutable d’un point de vue théorique, mais il se trouve que c’est celle qui a été retenue sur le plan juridique pour organiser la diffusion des œuvres de l’esprit. Félicitons-nous donc : sans même avoir besoin d’opérer la révolution qui nous permettrait de sortir de ce paradigme douteux, sans avoir à risquer notre liberté ou notre vie, au fond presque sans rien faire, dans quelques jours l’ensemble des œuvres de Kandinsky, Mondrian ou Munch sera à nous.

Entendez-vous ces cris de joie au dehors ? C’est le lancement des grandes célébrations populaires annuelles dans tous les musées nationaux, dans les rues, les places, sur les marchés. La République accueille son nouveau trésor et le présente à ses citoyens dans la joie et la fierté ! Tous connaissent les noms des nouveaux entrants et les institutions culturelles vont enregistrer, comme chaque mois de janvier, un pic de fréquentation. Rompant avec des pratiques autrefois mises en cause, le Musée d’Orsay a largement ouvert ses collections à la photographie. Magnanime, le Centre Pompidou a de son côté décidé de libérer son fabuleux fonds Kandinsky.

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Face à la détermination des pouvoir publics, plusieurs multinationales ont d’ailleurs annoncé qu’elles renonçaient à leurs entreprises de numérisation d’œuvres, et du même coup aux atteintes répétées qu’elles portaient au domaine public. « On ne peut pas lutter contre des services publics d’une telle qualité », a déclaré, amer, le responsable français du Google Art Project.

Ainsi la preuve est faite : l’État n’est pas simplement, comme certains esprits chagrins se plaisent à le laisser penser, une machine à tuer des manifestants ou déconstruire le droit du social. Chers citoyens, chers voisins, la belle Res Publica de France vous ouvre son Domaine. Vous êtes ici chez elle, c’est-à-dire chez vous. Pour découvrir la base de données interactive du domaine public élaborée par le ministère de la culture, c’est par ici.

Bonne année à tous !

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DOMAINE PUBLIC
Paroles et composition : la Parisienne Libérée
Accompagnement : sampling de «Partie carrée»

Chaque année, le 31
Le domaine public est en joie
Des milliers d’œuvres sont soudain
Libérées de leurs ayants-droits

Elles s’offrent à tous les passants
Avec un sourire sympathique
Elles s’offrent à tous les talents
A toutes les fibres artistiques

Feuilleter, interpréter

Rééditer, contempler,
projeter, coloriser,
Partager, télécharger


Sans demander la permission
Nous sommes enfin autorisés
A poursuivre la création
Que d’autres avaient commencée

Et même si nous n’avons rien
Nous voilà riches, tout à coup
Millionnaires en biens communs
Le domaine public à nous !

Imiter, représenter
Adapter, parodier,
imprimer, rediffuser,
Mashuper, copier-coller

Trop souvent copyfraudé
Sans qu’on songe à protester
Confisqué, privatisé
Le domaine public est pillé

Interdit de photographie
Interdit de reproduction
Consultable oui, mais pas gratuit
Ou en basse définition

Exposer, interpréter,
Streamer, Détourner,
Combiner, citer, sampler,
Restaurer, remixer

Le droit d’auteur a bon dos
Les éditeurs savent cela
Combien de Victors Hugos
Vivent aujourd’hui au RSA ?

Le droit d’auteur oui bien sûr
Mais pas celui des grandes fortunes
Ces sociétés qui capturent
Les auteurs à titre posthume

Orchestrer, saturer,
Enseigner, transposer,
Écouter, numériser,
Jouer, gifanimer

Ce soir c’est le réveillon
Des œuvres célèbres ou inconnues
S’affichent enfin sans façon
Elles se baladent dans la rue

Bibliothèque fantastique
Muséum à portée de clic
Infinie boite à musique
Bienvenue dans le domaine public !

[citation Isabelle Attard]

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Rencontre avec Romaine Lubrique : un bien commun

Alexis Kauffmann et Véronique Boukali animent le site Romaine Lubrique. Depuis quelques années, ils se sont passionnés pour l’actualité du domaine public et ses enjeux numériques. Afin de célébrer collectivement et artistiquement les nouveaux entrants de 2015, ils ont décidé de créer cette année un festival du domaine public qui aura lieu en région parisienne entre le 16 et le 31 janvier. Dans l’entretien qu’ils m’ont accordé, ils expliquent de façon détaillée ce qu’est le domaine public, en quoi l’ère numérique lui donne une toute nouvelle importance et comment ce bien commun doit être défendu activement contre des tentations de réappropriation illégitimes. Sans être hostiles au droit d’auteur, ils définissent le domaine public comme « l’état naturel de l’œuvre ».

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«Le Macronscope» : quand dire, c’est redire

À en croire ses admirateurs, Emmanuel Macron serait un jeune prodige de l’économie. Personnellement, et après l’avoir attentivement observé, j’en doute. Ce qui est certain, c’est qu’il n’est pas un prodige du discours politique.
Avec une lourdeur impressionnante, il ânonne les mots-clés sans même prendre la peine de les habiller et récite ses fiches avec un art si grossier qu’on entend presque résonner ses listes à puce. Avec Emmanuel Macron, dire, ce n’est pas faire. Dire, c’est redire.
Certaines âmes bienveillantes ont évoqué la maladresse d’un orateur débutant. Hélas, à y regarder de plus près, la pensée politique d’Emmanuel Macron se résume à quelque comptines néolibérales empruntées à l’air du temps, parfumées de pragmatisme et saupoudrées d’innovation. Cet uniforme théorique, historiquement cousu par et pour la droite, est désormais porté sans complexe par le parti socialiste. Invité sur France Inter, le jeune prodige n’a par exemple pas hésité à stigmatiser la « fascination pour l’égalitarisme » qui caractérise, selon lui, la France.
Au moment où on discute la loi fourre-tout qui porte son nom et qui risque, entre autres reculs sociaux, de faciliter les licenciements collectifs, on apprend qu’il a empoché 2,4 millions en 18 mois chez Rothschild et on est priés de considérer cela comme une somme relative médiocre au regard des gains habituels dans le secteur !

Dans la continuité de nos réflexions sur le service et le domaine publics, ne pourrait-on pas envisager de légiférer pour empêcher que des allers-retours entre les carrières publiques et privées ne nous infligent comme ministre des personnages si peu à même de nous représenter ? Ce Macronscope dresse le portrait d’un ministre aux homélies aussi inlassables que méprisantes, aux représentations sociales totalement fantasmagoriques, et qui reconnaît d’ailleurs publiquement ne plus fréquenter personnellement la vraie vie.


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La musique du Macronscope est construite à partir d’extraits du projet Open Goldberg Variations dans lequel la pianiste-concertiste Kimiko Ishizaka a publié son interprétation des variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach directement dans le domaine public à l’aide d’un financement participatif. Les fichiers audio sont librement téléchargeables en différents formats de haute définition, sans restriction d’usage, et s’accompagnent d’une nouvelle édition des partitions, au format classique et même en braille.

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« La véritable interview de Manuel Valls »

Le 7 décembre, Manuel Valls est passé au journal télévisé de France 2, vous souvenez-vous ? Je crains que non.
Je l’ai regardé. Il m’a d’abord semblé avoir mal écouté, car je n’avais rien entendu. J’étais sans doute distraite, certainement mal disposée. Je l’ai donc regardé à nouveau, très attentivement cette fois. Pendant 32 minutes, notre premier ministre a porté à son plus haut sommet l’art de ne strictement rien dire. D’ailleurs, les effets de cette performance ne se sont pas fait attendre. Dès le lendemain, il ne s’est strictement rien passé car personne n’en a strictement rien retenu.
Saisissant une paire de ciseaux sonores, j’ai réalisé un collage façon Polemix et la Voix Off afin de redonner un peu de substance à son propos. Soudain, tout est devenu beaucoup plus clair.

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« Maison des Thermopyles » : pour un logement vraiment social

Loin de ces HLM parisiennes dites intermédiaires et destinées aux classes moyennes, qui n’ont de social que le nom ; loin aussi des hébergements d’urgence saturés et à rotation rapide, Sabine a élaboré le projet de fonder au cœur de Paris un petit habitat qui soit réellement social. Cela a été, pour elle et pour toutes celles et ceux qui l’ont accompagnée, une longue aventure.
Portée par tout un tissu local associatif et militant dense, elle a mis presque dix ans pour enfin réussir à ouvrir, en juin 2012, la Maison des Thermopyles. Cette structure est ce que l’on appelle une pension de famille. Comme son nom ne l’indique pas, elle accueille principalement des personnes isolées, ainsi que quelques couples. La « famille », ici, est donc à entendre comme l’entité collective et bienveillante des pensionnaires et de leurs hôtes.
Nous sommes dans la rue des Thermopyles, un de ces rares quartiers de Paris où le chant des oiseaux couvre encore celui des voitures. Pour cette même raison, le prix du mètre carré avoisine les 8 000 €. Je vous laisse en compagnie de Thierry et de ses composts, d’Adolphe et de ses frites, d’Alain et de sa radio qui chante du Ferrat.


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Les contenus de la rubrique « Rythm&News» sont placés sous licence créative commons pour les usages non commerciaux. En cas de problème technique lié à la lecture des fichiers, vous pouvez essayer de les lire directement sur soundcloud (audio) et youtube, vimeo ou dailymotion (vidéo). Merci à Mimoso qui m’a aidée à documenter les sujets abordés dans cette chronique.