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Rythm&News n°2 : GRENADE ET STORYTELLING

RN2-collage2SOMMAIRE

Édito : défense de l’enclos vide
Nuit de deuil :
l’État, mais de quel droit ?
La semaine d’après : les mots froids du pouvoir
Ça, c’est violent : grands projets et violences multiples d’un État à la dérive
Le pacifisme en question : lecture de Günther Anders et rencontre avec l’éditeur
Le mauvais sort : le président chante sa légende personnelle sur TF1

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crédit photo : CMD

Dès le début, des voix se sont élevées pour poser une question aussi simple que fondamentale : que faisaient des gardes mobiles à trois heures du matin, avec leurs armes de guerre, face à des manifestants, derrière cette tranchée, derrière ce grillage, à côté des débris de quelques machines ?

La réponse, malheureusement, semble claire : ils protégeaient un enclos vide.
Oui, parfaitement, un enclos vide. De même que les oiseaux nichent dans les arbres, les zadistes dans des cabanes et les communicants à Matignon, la nuit, les gardes mobiles, eux, se lovent dans des enclos vides, sur des terrains déboisés. Pour assurer leur propre sécurité contre les assauts des moustiques, des bêtes sauvages, des manifestants et des promeneurs nocturnes, ils ont à leur disposition des lunettes magiques qui leur donnent des yeux de lynx, des lacrymos, des LBD à volonté, de la citronnelle et toute une panoplie de grenades. Des heures durant, cette nuit-là, ils repoussent victorieusement et héroïquement leurs adversaires. Ce sont eux les héros de notre État de droit. En théorie ils sont payés pour protéger les gens, mais là, voyez-vous, c’est différent : ce sont des manifestants, des écolos, des jeunes, des gueulards, des pauvres, ça ne compte pas.

Alpha, India et Charlie sont donc dans un enclos vide, appelé « zone de vie ». En face, ce sera bientôt la zone de mort. Une grenade est paisiblement lancée en cloche au dessus d’un grillage quand, au comble de l’agressivité, rapide et déterminé, un jeune pacifiste se jette littéralement dessous. Les gendarmes paniqués tentent de l’en dissuader par deux ultimes sommations alors que la grenade est en pleine course : « Nous avons le monopole de la violence légitime. Vous n’avez pas le droit de vous attaquer aussi sauvagement à une grenade d’État. » En vain, la grenade retombe, chacun connaît la suite.
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Une question subsiste toutefois : comment l’individu a-t-il pu déterminer la trajectoire exacte du projectile, alors que, selon des témoignages concordants, il faisait nuit ? Certaines sources proches de l’enquête évoquent la possibilité que son sac à dos ait transporté un détecteur balistique, sorte de calculateur puissant et ultrarapide qui permet de déterminer les coordonnées exactes d’un projectile, en seulement quelques fractions de secondes. Cela expliquerait le succès de sa manœuvre.
Notons au passage qu’il s’agit d’un matériel rare et coûteux, ce qui infirmerait l’hypothèse initiale selon laquelle le suspect décédé aurait été un jeune écologiste inoffensif. La question des liens qu’entretenait l’individu isolé avec les autres individus extrêmement violents, véhéments, motivés, agressifs, vifs, combatifs, acrimonieux, pugnaces, menaçants, brutaux et provocateurs qui harcelaient la paisible zone de vie des gendarmes à l’aide d’engins pierreux et de mottes de terre volés sur les propriétés privées voisines, mérite donc d’être posée. Selon nos informations, la « victime » pourrait en effet avoir agi pour le compte d’un green bloc particulièrement redoutable. Des contrôles renforcés auront lieu sur le théâtre des opérations dans les prochains jours pour tenter de démanteler un éventuel réseau de pacifistes autoradicalisés.

Il est encore trop tôt pour affirmer avec certitude ce déroulé, mais la suite de l’enquête l’établira sûrement.

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« L’État, mais de quel droit ? » : une nuit de deuil

Écrite dimanche en quelques heures, composée la nuit suivante, cette chanson a été publiée lundi matin par Mediapart. On ne savait alors presque rien des circonstances de la mort de Rémi Fraisse, dont je ne connaissais pas le nom lorsque j’ai écrit ce texte. Les paroles sont ici.

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« La semaine d’après » : les mots froids du pouvoir

Après une minute de silence qui aura duré plus de 48 heures, François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve ont passé une semaine à répéter en boucle, inlassablement, leurs éléments de langage : soutien total aux force de l’ordre, aux policiers, aux gendarmes, qui font un travail formidable ; respect de l’enquête en cours ; ferme condamnation de la violence des manifestants.
En les écoutant, je m’interrogeais. Est-il donc possible qu’une telle machine réussisse à faire passer cette mort violente, sans réaction massive de l’opinion, sans provoquer de rassemblement massif et unitaire ? Pour que ces paroles restent archivées quelque part, pour ne pas les oublier moi-même, j’ai entrepris de collecter, trier et restituer les principales déclarations officielles de cette première séquence de gestion de crise.

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Capture d’écran 2014-11-13 à 10.37.52Depuis, hélas, les choses se sont encore aggravées.  Il y a quelques jours, sur France Inter, Bernard Cazeneuve s’interrogeait publiquement : « Mais la grenade offensive, qui vous dit qu’elle a été tirée en direction des manifestants ? »
Après le corps mystérieux, après le sac à dos douteux, la version officielle du tir en cloche à retombée aléatoire sur manifestant trop mobile se précise. La grenade a été tirée vers la lune et le manifestant s’est jeté dessous, souvenez-vous. Puisqu’on vous dit que c’est un incident. Bon allez, disons un accident, si vous insistez. Affaire classée ?

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« Ça, c’est violent ! » : de grands projets de plus en plus inutiles, de plus en plus imposés

Si vous avez eu la patience d’écouter jusqu’au bout ces 5 minutes de discours tendus, agressifs, dénonciateurs, et homogénéisés par les processus de la communication politique, vous avez sans doute été frappés, comme moi, par la tonalité particulière de Michel Sapin qui déclare d’une voix dure et autoritaire : « C’est la violence qui est la cause de la mort de ce jeune homme », avant de préciser : « Ce n’est pas du côté des forces de l’ordre qu’est venue la violence. »
D’où vient la violence, au fond ? C’est là tout le sujet. Françoise Verchère (Notre-Dame-des-Landes) et Daniel Ibanez (Lyon-Turin) ont émis une hypothèse digne d’intérêt sur cette question. La violence, disent-ils à Libération, vient avant tout du fait que le débat public sur ces projets d’aménagement n’est qu’un simulacre. Ce témoignage est concordant avec ceux des invités du plateau de Mediapart, qui mettent en évidence des conflits d’intérêts, passages en force et, plus globalement, le profond mépris des élus pour les oppositions locales [abonnés]. Ce mépris, qui n’était déjà pas acceptable avant la mort d’un manifestant, est désormais insupportable.
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ÇA, C’EST VIOLENT !

Quadriller la France de centrales
Puis un matin chanter
L’air de la démocratie locale
Comme si de rien n’était
Museler la critique
Et harceler la Zad
Faire du débat public
Une vaste mascarade

C’est violent
Ça c’est violent
Oui c’est violent
Vraiment violent

Envoyer des hommes surarmés
A l’assaut d’un bocage
Contre l’ultragauche enkystée
Et des tritons sauvages
Désigner cette opération
Du doux nom de César
Franchir sans cesse le Rubicon
Provoquer le désespoir

C’est violent
Oui, c’est violent
Ça, c’est violent
Vraiment violent

Ordres de fermeté
Grenades offensives
Prendre une mine offensée
Quand un « malheur » arrive
Face aux populations civiles
Protéger impavide
Les projets inutiles
Et jusqu’aux enclos vides !

C’est violent
Ça c’est violent
Oui c’est violent
Vraiment violent

Pressions productivistes
Sur « l’ordre républicain »
Menaces contre les zadistes
Et démos de ragondins
Déboisements à l’arrache
Par une hydre à trois têtes
Conflits d’intérêt qu’on cache
Sous une pile de casquettes

C’est violent
Oui, c’est violent
Ça, c’est violent
Vraiment violent

Les aéroports dans le bocage
C’est violent
Les fermes à 1000 vaches, les barrages
C’est violent
Les Lyon-Turin pharaoniques
C’est violent
La future poubelle atomique
C’est violent
Partout, des centres commerciaux
C’est violent
La menace des réserves en eau
C’est violent
Les bureaux d’étude corrompus
C’est violent
Le silence complice des élus
C’est violent
Les tours de passe-passe juridique
C’est violent
Au nom de l’intérêt public
C’est violent
Mutiler des manifestants
C’est violent
Les arrêter préventivement
C’est violent
Interdire les rassemblements
C’est violent
Surveiller tous les opposants
C’est violent
Tuer quelqu’un, garder son corps
C’est violent
Mentir et mentir encore
C’est violent


Soutenir toute honte bue
Un monde qui n’existe plus
Privatiser jusqu’aux semences
Cultiver la désespérance

C’est violent.

Ça, c’est violent
Oui, c’est violent
Vraiment violent

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«La violence : oui ou non » : une réflexion nécessaire

La violence, lorsqu’elle s’exerce sur nos propres corps, sur le corps de personnes que nous aimons, sur le corps de personnes dont nous partageons les luttes, provoque un fort sentiment de révolte. Le langage courant parle volontiers d’« escalade », dit que la violence “appelle” la violence – cela est souvent vrai.
La violence possède la faculté redoutable de troubler la pensée, de faire douter les personnes les plus pacifistes. Elle soulève plein de problèmes pratiques et théoriques graves. Que vaut par exemple le pacifisme contre quelqu’un qui est plus armé que nous et qui nous attaque ? Que vaut le pacifisme comme position politique alors que l’État est autorisé à faire usage de la violence ? Pacifisme et non-violence sont-ils synonymes ? Si non, comment s’articulent-ils ?

casseurs2L’un des philosophes à avoir récemment problématisé la violence avec le plus d’intensité s’appelle Günther Anders. C’est un pacifiste allemand, qui a écrit plusieurs textes majeurs sur les conséquences destructives de l’industrialisation, en particulier nucléaire. Un de ses derniers livres, qui vient d’être traduit en France aux éditions Fario, s’intitule La Violence : oui ou non, sans le point d’interrogation attendu. Cet ouvrage se compose de plusieurs textes, dont un célèbre entretien datant de 1987 avec le journal écologiste Natur dans lequel Günther Anders opère un revirement radical et spectaculaire. Alors âgé de 85 ans, le philosophe met en scène un brusque changement d’orientation et décide soudainement que le pacifisme est une impasse, une complicité impardonnable. La menace industrielle (nucléaire, chimique, etc.), dit-il, est trop grande. Il affirme donc qu’il faudrait désormais « menacer ceux qui nous menacent ». Oui, mais comment ? Jusqu’à quel point ? En vertu de quel droit ?

Ce renversement de perspective a provoqué beaucoup de réactions parmi les lecteurs de la revue, inconnus ou personnalités célèbres. Ces ripostes, souvent très critiques, sont également publiées dans le livre et alimentent le débat. La Violence : oui ou non aborde des thèmes d’actualité comme la fabrication des « casseurs » ou la répression de manifestants pacifistes. Je vous propose donc de découvrir quelques extraits, lus par mon complice Mimoso, ainsi qu’une présentation de l’ouvrage par l’éditeur.

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Exercice : étude de cas

Interrogé par téléphone sur les blessures éventuelles subies par les manifestants lors d’affrontements avec la police à Nantes, le 1er novembre, un porte-parole du syndicat policier Alliance a répondu en ces termes : « Quand on est policier, on est du côté des policiers, pas du côté des ennemis. »
Que vous inspire, sur le plan de la théorie politique, cette conception du maintien de l’ordre ?

 

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« Le mauvais sort » : le président se chante sur TF1

Pendant tout ce temps, notre président est très occupé. Il passe à la télé.
Pourquoi faire ? Pour se raconter, évoquer sa légende, parler de lui.
Vous savez, la fois où il a été élu et qu’il pleuvait, vous vous souvenez ?
Et la foudre, tout de suite après, incroyable, non ?

Dans cette vidéo inspirée par les célèbres songify américains, François Hollande chante. Sous la pluie, évidemment !


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L’ensemble des contenus de la rubrique «Rythm&News» sont placés sous licence créative commons pour les usages non commerciaux. En cas de problème technique lié à la lecture des fichiers, vous pouvez essayer de les lire directement sur soundcloud (audio) ou youtube (vidéo). Un grand merci à Mimoso qui m’a aidée à documenter les sujets abordés dans cette chronique !